Bruxelles, le 18 octobre 2005 (CISL EnLigne) : Être syndicaliste, un engagement toujours plus risqué. Selon le Rapport annuel de la CISL des violations des droits syndicaux, 145 personnes ont été assassinées de par le monde en 2004 en raison de leurs activités syndicales, soit 16 de plus que l’année précédente. Le rapport, qui couvre 136 pays des cinq continents, consigne également plus de 700 agressions violentes à l’encontre de syndicalistes, et près de 500 cas de menaces de mort.
Dans de nombreux pays, des syndicalistes continuent d’être incarcérés, licenciés et discriminés, tandis qu’un arsenal juridique est utilisé pour spolier des millions de travailleurs de leurs droits à la liberté syndicale et à la négociation collective
“Le Rapport de cette année montre jusqu’où de nombreux gouvernements et employeurs sont prêts à aller dans la suppression des droits des travailleurs pour décrocher une position compétitive sur les marchés mondiaux qui deviennent de véritables coupe-gorge», a déclaré le secrétaire général de la CISL, Guy Ryder, ajoutant «La mondialisation doit prendre un chemin complètement différent, où les préoccupations sociales et la fin de l’exploitation seront non pas en marge mais au centre du processus ".
De nouveaux tableaux statistiques dans le Rapport révèlent différents schémas de répression selon les différentes régions du monde. Le continent américain apparaît comme la région qui détient le nombre le plus élevé d’assassinats et de menaces de mort, tandis que la région de l’Asie-Pacifique compte le plus de syndicalistes derrière les barreaux. Au Moyen-Orient, où les syndicats sont totalement interdits dans certains pays, onze travailleurs ont été tués au motif de leurs activités syndicales – 7 d’entre eux au cours d’un seul incident au Liban quand l’armée a tiré à balles réelles contre des personnes qui participaient à une manifestation syndicale. En Europe - où la situation est dans l’ensemble moins dramatique - les autorités de plusieurs ex-États soviétiques cherchent activement à prendre le contrôle des syndicats.
Une fois de plus, la Colombie apparaît comme le pays le plus dangereux pour les syndicalistes, avec 99 assassinats et des centaines de menaces de mort, dans un contexte d’efforts systématiques du gouvernement pour saper le mouvement syndical. Le Rapport fait état de quinze autres assassinats dans d’autres pays d’Amérique latine.
Outre la Colombie, plusieurs autres pays sont particulièrement épinglés dans le Rapport de cette année, notamment le Belarus, la Birmanie, le Cambodge, la Chine, la République dominicaine, Haïti, l’Iran, le Nigeria, les Philippines, la Turquie, le Venezuela et le Zimbabwe.
Quatorze personnes ont été tuées aux Philippines où l’on n’a pas hésité à utiliser un bulldozer et des voitures blindées pour briser un piquet de grève. Et au Cambodge, le gouvernement est accusé de vouloir étouffer l’enquête sur l’assassinat des dirigeants syndicaux Chea Vichea et Ros Sovannareth, qui semblent avoir été provoqués par la crainte du régime de voir le pays perdre ses parts de marché sur l’échiquier du commerce international.
L’ingérence du gouvernement dans les affaires syndicales est récurrente dans plusieurs pays, notamment dans les anciens États soviétiques. Au Belarus, le régime du Président Lukashenko visa à exercer un contrôle absolu sur le mouvement syndical. Le rapport d’une Commission d’enquête de l’OIT décrit les difficultés rencontrées par les syndicats indépendants et les tactiques d’intimidation, dont la violence, utilisées contre des témoins appelés à comparaître devant cette Commission (qui a jugé le Belarus coupable de graves violations de la liberté syndicale). En Ukraine, les services de sécurité (SBU) se sont particulièrement intéressés aux syndicats indépendants, rendant souvent visite aux bureaux syndicaux, questionnant les membres et se rendant même à leur domicile. Pour l’instant, il est trop tôt pour dire si la «révolution orange» du pays amènera un changement important à cette situation. La Géorgie est également épinglée dans le Rapport, en raison du harcèlement et de la détention de syndicalistes, d’entrave aux activités syndicales et de saisie illégale du patrimoine syndical par le gouvernement.
Les travailleurs des zones franches d’exportation (ZFE) du monde, en majorité des femmes, continuent de subir une âpre répression antisyndicale. En Namibie, des chiens policiers ont été utilisés pour mettre au pas les travailleurs d’une usine textile à capitaux malaisiens, dans laquelle les infractions aux droits syndicaux sont légion ; une des employées a été sauvagement mordue au cours de la manifestation. Le Rapport inclut des cas de violation dans les ZFE aux Fidji, en Inde, aux Philippines et au Sri Lanka, démontrant l’incidence sur les droits syndicaux de la concurrence féroce et débridée qui sévit sur les marchés mondiaux. Au Bangladesh, des travailleuses qui essayaient de former un syndicat dans une fabrique de vêtements ont reçu des menaces de mort du gérant, lequel a ensuite recruté des malfrats pour tabasser ces femmes, dont 25 ont été grièvement blessées. Des hommes de main ont également été recrutés pour interdire à 186 travailleurs syndiqués l’accès à l’usine.
Sur le continent américain, des travailleurs de ZFE en Haïti, au Nicaragua et dans plusieurs autres pays ont également connu la répression antisyndicale. Dans la zone d’Ouanaminthe, située à cheval sur la frontière entre Haïti et la République dominicaine, les employeurs ont recouru à diverses tactiques, comme l’interdiction faite à des représentants syndicaux d’utiliser les toilettes au travail, le licenciement de 34 membres d’un syndicat nouvellement créé et leur expulsion de l’usine à la pointe du fusil, et le passage à tabac du dirigeant Ariel Jérôme, licencié par la suite.
Sur le continent africain, le gouvernement camerounais a poursuivi ses efforts pour diviser le mouvement syndical en favorisant les organisations de travailleurs qu’il jugeait plus faciles à contrôler, refusant d’enregistrer des syndicats qu’il estimait trop indépendants. En République du Congo également, le gouvernement a poursuivi son ingérence dans les affaires de la CSTC, en avantageant les sections du mouvement syndical qu’il jugeait plus loyales envers lui.
La Chine est l’un des pays cités dans l’avant-propos du Rapport comme un sujet de vive préoccupation. La liberté syndicale continue d’être refusée à la main-d’œuvre du pays par un gouvernement qui ne reconnaît que le syndicat officiel, lequel s’est à nouveau montré incapable de protéger les droits des travailleuses et travailleurs. Deux personnes ont été condamnées à de longues peines d’emprisonnement pour avoir défendu des syndicats indépendants sur Internet, de nombreuses protestations de travailleurs ont été violemment réprimées par la police, et un grand nombre de manifestants ont été détenus. La santé de deux importants dirigeants syndicaux incarcérés depuis mars 2002 et privés de soins médicaux, Yao Fuxin et Xiao Yngliang, s’est gravement détériorée.
Le Rapport épingle également plusieurs pays industrialisés. L’Australie est une fois de plus montrée du doigt en raison de ses manœuvres pour remplacer les conventions collectives par des contrats individuels, et pour avoir présenté une nouvelle législation visant à limiter fortement le droit des représentants syndicaux à visiter les lieux de travail. Plusieurs employeurs ont menacé de licencier des travailleurs après le refus de ces derniers de quitter le syndicat et de signer des accords individuels. Parmi d’autres pays industrialisés cités dans le Rapport, principalement pour de sérieuses lacunes dans la législation du travail, figurent le Canada, l’Allemagne et le Japon.
Les États-Unis – qui doivent encore ratifier les conventions internationales fondamentales sur la liberté syndicale et le droit de négociation collective – sont à nouveau cités pour de nombreuses infractions. Des employeurs ont fait régulièrement appel à des sociétés spécialisées en tactiques antisyndicales pour dissuader des travailleurs de voter pour une représentation syndicale, et ont utilisé des réunions de travailleurs comme plate-forme pour menacer de fermer des lieux de travail si la main-d’œuvre décidait de s’affilier à un syndicat. Certains employeurs ont même été plus loin. Le géant de la distribution au détail, Wal Mart, est devenu un véritable expert en tactiques antisyndicales, s’ingérant dans une élection syndicale en surveillant les activités syndicales des employés, les interrogeant sur le soutien syndical, déplaçant des employés d’un département à l’autre pour affaiblir ce soutien, et offrant des incitants aux travailleurs la veille du scrutin pour qu'ils votent contre la syndicalisation de leur entreprise. En dépit de l’opposition farouche de Wal Mart à la syndicalisation de son personnel, les syndicats canadiens ont réussi en septembre 2004 à organiser les travailleuses et les travailleurs d’un magasin Wal Mart situé à Jonquière au Québec, le tout premier magasin Wal Mart syndiqué dans le monde.
Il faut souligner que les pays nordiques, avec leurs solides traditions syndicales, sont absents du Rapport. La force des économies de ces pays sur les marchés mondiaux montre que le respect des droits des travailleurs peut être un fondement de réussite économique et une pierre angulaire de la démocratie.
La CISL représente 145 millions de travailleurs dans 234 organisations affiliées dans 154 pays et territoires (www.icftu.org). La CISL est également membre des Global Unions : http://www.global-unions.org
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